Mensuel d'informations générales de la consommation des crédulités


Voyage au pays de la voyance des actions de groupe


Idée du Voyage au pays de la voyance

La série Voyage au pays de la Voyance était initiée en août 1931 par le chroniqueur judiciaire André Salmon pour les éditions nationales quotidiennes du Petit Parisien. André Salmon décrivait les acteurs de la divination sans rendre compte des positions psychologiques tant des consommateurs clients, que de celles des prestataires professionnels. André Salmon rendait compte de la réalité parisienne, sans s’attarder sur les mentalités. Les réactions et les ressentis. Cette série de premiers témoignages est, de ce point de vue, riche en impressions ainsi qu’en détails des procédés employés. Comme on rend compte d’un tableau en le décrivant. Les noms, et les célébrités, de cette époque de l’entre deux guerres.


Ambiguïtés des attentes

 « Pour en finir, c'est à cause de ces gens là que nous savons plus à qui faire confiance ». Cette phrase extraite, d’une adresse internet, publiant des commentaires, plus ou moins réels sur les activités de voyance reflète les attitudes des crédules face aux prestataires. En effet, on trouve à l’adresse internet custplace.com un texte symptomatique de l’ambiguïté des attentes de la crédulité alimenté par l’ignorance et l’absence d’esprit critique.

https://fr.custplace.com/plateforme-voyance/inad-procedure-et-plaintes-groupees-136144


Un crédule reproduisait l’annonce, bonimenteuse, d’un institut sans existence légale, se rapportant aux class actions en France. Débutons un nouveau voyage au pays de la voyance. Ce titre incomplet inad, faute d’avoir procédé aux déclarations, et démarches, nécessaires à son existence légale, prétendait offrir aux victimes de la divination-au sens large- de participer pour une somme modique de 200€ à une action de groupe contre un mythe dénoncé sous le terme générique d’escrocs à la voyance.


L’individu, ayant reproduit le texte de l’annonce d’appel  à une action groupée « pénale » consistant à verser une somme à un auxillliaire de justice faisait preuve d’une singulière naïveté. En ce sens qu’il était indispensable de vérifier le contenu de cette proposition. Les 21 réactions à ce post, figurant en dessous de ce texte, ne vérifièrent ni la véracité, ni non plus la possibilité légale de cette proposition. Les réactions postées, prenaient de la distance, en exprimant des critiques selon lesquelles une escroque « présumée » figurait en qualité de d’adhérente de l’institut sans existence légale. Au motif que cette escroque était non identifiable par son siret. Un argument sans réelle consistance. Notamment depuis qu’existe la définition d’identité légale d’ordre public. Revenons à la proposition d’action de groupe afin de montrer que l’ignorance perturbe l’appréciation des clients crédules.


La class action à la Française n’est pas pénale. La proposition de l’institut dépourvu d’existence légale reposait sur une pratique trompeuse.

Les actions groupées sont régies par l’article L.623-1 du code de la consommation :

 Une association de défense des consommateurs représentative au niveau national et agréée en application de l'article L. 811-1 peut agir devant une juridiction civile afin d'obtenir la réparation des préjudices individuels subis par des consommateurs placés dans une situation similaire ou identique et ayant pour cause commune un manquement d'un ou des mêmes professionnels à leurs obligations légales ou contractuelles :

1° A l'occasion de la vente de biens ou de la fourniture de services ;

2° Ou lorsque ces préjudices résultent de pratiques anticoncurrentielles au sens du titre II du livre IV du code de commerce ou des articles 101 et 102 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.


Ce texte signifie que seule une association de consommateurs, nationalement reconnue, avec agrément officiel, peut agir en justice pour le compte de consommateurs lésés afin d’obtenir une réparation financière. Ce texte ne prévoit pas, ainsi que l’annonce publiée, le laissait entendre une action contre les « affairistes » et les « escrocs » en «portant plainte». L’action de groupe débute avec 2 personnes en application de la circulaire du 26/09/2014. Le consommateur adhère à une association officiellement reconnue. Laquelle agit ensuite en son nom. Or il se trouve, que l’institut sans existence légale, ne remplit pas cette condition. On doit donc en déduire que l’annonce publiée visait simplement à encaisser des adhésions au tarif de 200€. Une pratique trompeuse, toute autant que financièrement juteuse, au sens du code de la consommation de L.121-2 des droits et aptitudes, consistant à proposer faussement une action  sans en avoir les moyens. Sur ce point aucun des crédules commentateurs ne fut en mesure de déceler la portée mensongère de l’annonceur d’action de groupe. L’institut sans existence légale promettait de publier un lien internet « prochainement mis en place dédié à cette action ». Cet effet d’annonce restait sans suite. « Prochainement vous serez avisé d'un site qui regroupera toutes les victimes et dont les dossiers seront transmis au cabinet d'avocats mandaté à cet effet. » Un organisme dépourvu de qualité se livrait à une parodie, en engageant son avocat, dont on taira le nom, afin de se livrer à une action de «com».


Relisez le texte de l’annonce. Il est nécessaire de lister les préjudices matériels, subis par des consommateurs, dans les mêmes conditions similaires, à l’occasion de la fourniture de services (L.623-1-1°). Une action de groupe est possible contre les présumés adhérents de cet institut illégal, selon la réponse écrite du ministre de l’éducation datée 4/11/2018. 

L'action de groupe ne peut porter que sur la réparation des préjudices patrimoniaux résultant des dommages matériels subis par les consommateurs. (L.623-2). Pas d’action pénale, et pas de défense d’une «profession elle aussi inexistante.» L’ignorance constitue le premier élément d’ambiguïté des attentes des crédules. Cela ne veut pas dire que les consommateurs sont stupides. Ils sont seulement trop confiants. Car ils créditent positivement les prestataires d’une capacité irrationnelle par défaut. Leur esprit critique en ressort limité. Une simple recherche par requête, en mots clés sur Google permettait de se rendre compte du caractère mensonger, et trompeur, de l’annonce de l’institut sans existence légale.


L’absence d’esprit critique constitue aussi le second élément des attitudes ambigües de la crédulité. Les réactions publiées, à l’adresse internet citée, montent en épingle une affaire de siret afin de détourner l’attention de l’essentiel. L’identité d’ordre public des prestataires de la divination relève de l’application des rayons 111. Relisez à cet effet l’article « Gina passée aux rayons 111 » pour comprendre ce que signifie cette expression, notamment comment on identifie un prestataire. La suite des commentaires publiés relève des illusions communes partagées par cette catégorie de consommateurs. Ce sont des «convaincus», pour lesquels la divination existe, car selon eux la divination a des jambes puisqu’elle marche. Alors que la divination est cul de jatte. La réflexion des consommateurs d’occulte est limitée. Sommaire. Cette clientèle préfère lister les «mauvais» prestataires, sans s’interroger sur la réalité des capacités et aptitudes présagières annoncées excédant le sens commun. Dès lors on comprend facilement que ces gens là sont acquis aux propos selon lesquels une action de groupe permet d’intervenir au pénal alors que le domaine ne concerne exclusivement que la réparation financière et rien d'autre.


Retenez que l’action de groupe est un monopole réservé aux organismes réels de consommation, à des fins indemnitaires et exclusivement financières. Le juge statue sur la responsabilité d’un prestataire. Il n’est pas nécessaire d’envisager une telle action pour les activités divinatoires. Un institut illégal dénommé inad s’offrait une action de com en abrutissant des consommateurs ignorants de promesses fallacieuses. La clientèle gobe tout, tout de suite, au pays de la voyance.



Sybille de Panzoust 03/12/2018