De son vivant Dan Martin progressait, insensiblement vers cette idée de vivre sans craindre les signes du ciel. Il écrivait dans Astres, au cours des années 1990, qu"il n'y a ni de bons, ni de mauvais signes dans le ciel. Il affirmait, afin de contredire les tenants de l'idée selon laquelle il faut choisir son aspect pour agir, qu"il n'existe aucun moment propice pour défoncer un mur avec sa tête, ou sauter dans le vide du 4e étage sans parachute. Certes il était encore à quelques encablures de nolite metuere, mais il s'en rapprochait, par ses discours de ne tenir aucun compte des signes du ciel. S'il avait vécu 10 années de plus, au lieu de décéder d'un Parkinson, il aurait, certainement consacré un de ses libres propos à Nolite.



On cite aussi à l’encontre, le verset 2. du chapitre 10. De Jérémie, A signis Coeli nolite metuere1. La suite du texte montre que les signes du Ciel étaient fabriqués de bois, d’or, et d’argent, et qu’il y avait des Lois qui obligeaient à les honorer. C’étaient donc des Idoles du Ciel, c’est à dire des Colosses, et autres figures moindres du Soleil, de la Lune, et des étoiles que les Lois Babyloniennes2, obligeaient de révé­rer, car les Babyloniens adoraient, et appelaient le Soleil leur Dieu en terme singulier, et révéraient les autres Astres consé­quemment comme sa milice, son exercice, et sa suite ce sont les termes de l’Écriture. Les Histoires profanes et les livres sacrés le témoignent. Ce fut la première chute, et la première idolâtrie des impies dans le désert, et le fondement des autres, qui méritèrent le châtiment de Dieu, et leur captivité en Ba­bylone: Saint Étienne le dit aux Actes. 7, verset. 42. et 43. C’est pourquoi le Prophète les avertit plus particulièrement, de ne s’y plus laisser aller. Le même Prophète en son Épître adressée, à ceux qui devaient aller en captivité rapportée par Baruch, chap. 6 qui est le sommaire de ses instructions sur le même sujet au même peuple, et pour le même lieu de Babylone3, montre manifestement quel est son sens et son intention, au V. 59 où il dit que les Idoles ne sont en rien semblables au Soleil , à la Lune, aux étoiles, ni au tonnerre, ni au vent, ni au feu, qui sont toutes choses du Ciel, ou vers le Ciel et au verset 66, qu’ils ne peuvent faire voir leurs signes au Ciel, c’est à dire, ou leurs Astres, ou en leurs Astres, pour montrer que c’est à tort qu’on les estime Dieux ou Idoles du Ciel, comme entre les Latins Apollon, Diane, Æole, Vulcain, car en Babylonie on leur donnait d’autres noms. Nous pouvons ajouter, pour faire voir combien le sens des paroles du Prophète Jérémie est éloigné de celui qu’on leur veut donner contre l’Astrolo­gie que ce que l’Écriture appelle plus communément Signes du Ciel, ne sont pas les Astres (il n’y a que deux passages en tout le corps des Écritures Saintes , où le terme de Signes soit pris ainsi) mais les changements apparition, merveilles, ou miracles qui paraissent au Ciel - Erunt signa in Sole et Luna. Signum de Coelo apparuit. Signum magnum in Coelo. C’est son usage ordinaire, et les Païens faisaient une Religion de tels Signes du Ciel. Il y aurait donc bien plus de sujet de croire, que le Prophète aurait voulu dire au peuple, qu’il ne fallait point craindre les Signes qui apparaissent au Ciel, comme les Comètes, les lames, et les chariots, et les armées de feu qu’ils voyaient parfois au Ciel, les pluies de sang, et de pierres, les obscurcissements ou multiplications du Soleil et de la Lune, que des Enchanteurs faisaient voir, les chutes des étoiles ou mouvements extraordinaires et autres prodiges semblables, qui étaient plus fréquents auparavant la rédemption4, où les Démons étaient plus absolument, Restores tenebrarum harum, et que celui-là régissait l’air que l’Apôtre appelle Principem po­testatis aeris huius, aux Ephésiens chapitre 2 verset 2. Car il y avait des Lois publiques qui obligeaient les peuples à craindre et révérer tels Signes et qui ordonnaient des Sacrifices, pro­cessions, prières publiques et autres choses semblables pour l’expiation de tels prodiges, auxquelles on pourrait rapporter ce que dit le texte. Qui a leges populorum vanae funt et iux­tu vias Gentium nolite discere. Car on devait apprendre avec étude de telles superstitions. Pour l’Astrologie il n’y a jamais eu entre les Gentils des Lois publiques pour l’autoriser mais bien quelquefois pour la bannir : ça a toujours été une science assez particulière, soit que la plupart des esprits ne l’aient pas estimée assez fondée, soit à cause de la difficulté qu’il y a de connaître la nature et la vertu particulière des Astres, par de longues expériences, et du peu d’assurance à la fidélité, ou à la capacité des Auteurs qui les rapportent, et qui se contrarient bien souvent. Comme ce ne peut être une science vulgaire, car elle ne peut être traitée utilement qu’avec beaucoup de jugement et de prudence.


En dernier lieu, quand les Signes du Ciel seraient les Astres, le Prophète dit A signis- Coeli nolite metuere. Il parlait donc des Astres, et non pas des Astrologues, ni de l’Astrologie. Il vou­drait donc dire, qu’il ne faudrait point craindre les effets ou les influences du Soleil et des autres Astres, ce qui est faux car on peut raisonnablement craindre la chaleur du Soleil quand il est proche, et la froideur du temps quand il est éloigné, les aspects malins de Saturne et de Mars5 qui peuvent troubler l’air, et le rendre incommode, les constellations qui excitent les tempêtes sur la mer, et celles qui apportent du dommage aux fruits de la terre et user de prévoyance pour prévenir le mal qu’elles peuvent causer. L’Index du Concile de Trente permet pour ce sujet l’usage de l’Astrologie, pour les voyages sur mer, et pour le labourage. Il n’y a donc nulle apparence de s’appuyer sur l’autorité du Prophète en ce lieu contre l’Astro­logie, puisqu’elle est si éloignée de son intention, et du sens de ses paroles.


Le Prophète Isaie n’est pas cité plus à propos que Jérémie au chapitre 47. verset 13. Stent et saluent te augeres Coeli, qui contemplabentur sydera et supputabant menses, ut ex eis annu­

5 Mars et Saturne sont pour l’un à 0,5 unité astronomique, de la Terre et pour l’autre à 9 Unités (9 fois 150 millions de km), sans que leurs révolutions ne perturbent le climat terrestre en aucune façon. Charles de Condren évoque ici l’astrologie météorologique dite encore naturelle. Le climat de la terre est terrestre. Les constellations situées à des distances encore plus lointaines, en parsecs, sont sans effet ni incidence. Le XVIIe siècle l’ignorait.


ciarent ventura tibi. Car il dit seulement, que les Augures du Ciel, Astrologues ou non , ne pourront sauver Babylone de la main de Dieu, ni s’opposer à sa puissance. Au verset 15 il dit la même chose des marchands, et souvent ailleurs de la puis­sance de leur Empire, et de l’adresse de leurs conseils, il ne s’ensuit pas que toutes ces choses ne puissent rien où Dieu les laisse agir, ou qu’elles soient illicites. Les Septantes ont traduit ici, les Astrologues du Ciel, parce qu’ils étaient en Egypte, où ceux qui devinaient par les Astres, étaient appelés ainsi. La version commune est meilleure car Isaie parle à Babylone qui les appelait Mages ou Augures du Ciel, pour les distinguer de ceux qui auguraient par les choses de la terre. Il ne faut donc pas l’entendre, selon, l’usage d’Égypte et le mot de Coeli, ne vient pas bien avec Astrologie, il est superflu et contre l’usage, puisqu’il n’y a point d’Astrologues qui ne le soient du Ciel, et c’est restreindre l’Écriture aux Augures des Astres, et exclure les autres Augures du Ciel, ce qui ne se doit pas sans sujet. Le texte dit stent et saluent te. Les Augures des Astres étaient debout en leur ministères qui est la situation des Prêtres et Sacrificateurs en leur office, et ne jugeaient pas seulement de l’avenir par les Signes qui leur paraissaient au Ciel, mais apaisaient les Dieux, et les rendaient propices en la croyance de la gentilité, aux villes, aux personnes et aux affaires par leurs prières, cérémonies, et sacrifices. Les Augures6 qui pré­disaient par le vol des oiseaux devaient être assis, et arrêtés fixement en un lieu sur leur selle augurale qui était solide, ils priaient et apaisaient les Dieux comme les autres, Les Astro­logues ni ne sont obligés d’être debout, ni arrêtés par office, ni ne prient, ni ne sauvent personne, ils ne peuvent ni ajouter ni diminuer aux influences des Astres, et ainsi les termes du texte ne leur conviennent point : Augures Coeli encore aussi peu car ils n’augurent ni ne devinent mais supputent les jours des Astres, et considèrent qu’elle sera leur situation à l’avenir, et par la connaissance de leur vertu, ils jugent comme Philo­sophes de la cause par l’effet, sauf ce que Dieu, les Anges et les hommes voudront ou pourront détourner par leur conduite.

Les Augures prétendaient prédire les choses en particulier, et avec certitude, sur la connaissance que leurs Dieux leur en donnaient, les uns par les étoiles, et ceux-là à proprement parler s’appellent Augures des Astres; les autres par le vol des oiseaux, d’autres par le cours des orages, et la chute des foudres; le Paganisme appelait les uns et les autres Augures Coeli. L’Écriture nomme en cette sorte Volucres et signa Coeli ou de Coelo. Ce qui parait en l’air. Tous étaient Prêtres et Sa­crificateurs, personnes sacrées aux Dieux, et Prophètes, qui pouvaient beaucoup envers eux. Ils avaient des livres sacrés 7de leurs mystères et ministères : on appelait entre les Latins Astrales les livres qui contenaient les règles de prédire par les Astres, et Astrologi les Augures qui en faisaient profession, comme Fulguratores, les Augures des tonnerres, et leurs livres Fulgurates, et Auspices proprement ceux qui prédisaient par les oiseaux. Tous avaient en leur ministère des vêtements d’of­fice qui étaient sacrés, il ne leur était pas permis d’y vaquer en habit commun ou profane. Qui contemplabantur sydera. Les Astrologues ne sortent point de leur cabinet pour dresser les tables de leurs prédictions, ni ne regardent point les étoiles au Ciel , qui ne seraient pas aussi bien en l’ordre et en aspect entre-elles, sur lequel ils doivent juger de l’avenir, si parfois ils les contemplent au Ciel, ce n’est pas pour prédire, mais pour apprendre leurs mouvements, et en dresser les règles. Ce que le Prophète dit, serait faux pour la vue actuelle. Qui contem­plabamtur sydera ut annuntiarent ex eis ventura mais il est vrai des Augures du Ciel, car ils prédisent sur les Signes qui leur paraissent au Ciel, et non pas tant sur ceux qui arrivent na­turellement, ils les négligeaient comme choses fatales, où les Dieux même ne pouvaient rien changer, mais sur ceux qu’ils croyaient volontaires et libres aux Astres, et que les Dieux cé­lestes leur donnaient, obligés à cela par cérémonie de leur su­perstition, comme si le Soleil leur paraissait pâle ou enflam­mé, ou sombre en son aspect, ou si la couronne ou le cercle de lumière qui l’environne et rayonne alentour, s’étendaient beaucoup ou peu. Si la Lune était noirâtre ou argentée, nébu­leuse, ou sanglante, et ainsi des autres Astres. Le passage de Job chapitre 31 verset 26 ne peut être bien entendu autrement. Si vidi Solem cum fulgeret, et Lunam incedentem clare et laetatum est in abscondito cor meum, et osculatus fum manum meam ore meo. Quae est iniquitas maxima, et negatio contra Deum altisi­mum. Car de juger par la pureté et vivacité de la lueur du Soleil, et par la clarté de la Lune que les Astres nous regardent d’un bon oeil et nous sont propices , et se réjouir en son coeur de leur faveur, comme de l’amitié des Dieux témoignée par la netteté de leur face, et l’éclat de leur lumière, et leur baiser la main (qui est un signe d’honneur et de révérence en action de grâces de leur bienveillance). C’est une méconnaissance de Dieu leur Créateur, et une idolâtrie manifeste. Ces Augures du Ciel étaient donc déjà du temps de Job. Les livres des Païens sont remplis de cette sorte de divination. Virg.l.1.Georg.sub sinem.


Charles de Condren extrait du Rapport sur l'Astrologie


D'autres auteurs, tels que Calvin ou Jacques de Billy, traitèrent du sujet, plus sobrement que Charles de Condren lequel exprime la philosophie de ses maîtres André du Val et Philippe de Gammaches.